A Paris, la barricade de l’Ukraine

 

Illustration: Centre Culturel d’Ukraine en France (compte officiel, Facebook)

«Le seul endroit où nous pouvons donner des concerts pour soutenir nos combattants, c’est ici, dans le Centre Culturel d’Ukraine en France!», expliquait Wassyl Slipak à une jeune étudiante-pianiste, qui rêvait d’une grande scène et d’applaudissements nourris. La jeunesse aspire à la gloire, à la reconnaissance et à de nouveaux horizons. Wassyl se préoccupait de savoir comment aider les défenseurs de l’Ukraine. Au début, il le faisait par des envois de colis vers la ligne de front. Ensuite, il a opté pour l’engagement personnel. La gloire et des applaudissements, il les avait déjà connus et il accueillait tout cela calmement, sans excitation.

«Les concerts sont un instrument, et le but, c’est recueillir des fonds pour soutenir tous ceux qui se battent pour l’Ukraine, contre l’envahisseur russe», expliquait-il en exposant sa stratégie devant les musiciens ukrainiens, que Wassyl a su organiser en une «centurie musicale», en janvier 2015. Wassyl Slipak avait un don rare pour rassembler les gens autour de lui. Quelquefois, ces gens étaient distincts à tel point qu’ils ne se seraient probablement jamais réunis sous un même toit et pour la même cause, s’il n’y avait pas eu de guerre en Ukraine. Il savait rendre amusantes les démarches très monotones, comme remplir des sacs énormes de vêtements et de chaussures, encore et encore, toutes les semaines.

«Ce n’est qu’ici, sur notre propre territoire, que nous pouvons annoncer ouvertement que nous rassemblons des fonds pour le soutien au front, insistait-il auprès de ceux qui suggérait d’autres options. Une église ou une salle de concert française ont le droit de refuser de soutenir une armée étrangère». Dire une chose et en faire une autre, était pour lui inimaginable.

Le centre culturel de l’Ukraine à Paris sert de petite plate-forme de communication indispensable. La guerre de l’information, comme toutes les autres, exige des fortifications. Surtout quand on est déjà sous les tirs adverses.

Il est utile de se souvenir de cela au moment où l’existence du Centre est discutée. Il est question de le privatiser ou de le vendre pour acheter un bâtiment plus petit, dans un autre quartier peut-être plus passant. Ce pavillon dans un quartier cher appartenait auparavant à Alain Delon. Alors, il attise les convoitises de toutes sortes depuis longtemps. La guerre, c’est aussi l’occasion de faire des économies, après tout. Pourquoi pas fermer le centre culturel à Paris ? Selon nos informations, cette option se discute sérieusement à Kiev, et qui sait, quel est la vrai raison: économique ou politique? Pour éviter une telle perspective,  les Ukrainiens de France collectent des signatures pour le maintien du Centre culturel et proposent de lui donner le nom du chanteur d’opéra, tombé au combat contre la Russie, Wassyl Slipak.

Il est important que la voix de l’Ukraine à Paris continue de se faire entendre. Ce n’est pas le moment pour faire une pause, vu le contexte géo-polique en Europe.

Paris a été toujours une ville difficile pour l’Ukraine, mais elle abrite des symboles importants pour des ukrainiens. Le fils de l’auteur de la première Constitution ukrainienne, un diplomate à la cour d’un roi français, Louis XV, qui se nommait Grigor Orlik, a trouvé refuge à Paris. Le Président du Directoire de la République ukrainienne, Simon Petlioura s’est installé et a été assassiné ici. L’écrivain Marco Vovtchok s’est rendue à Paris à plusieurs reprises, Marie Bashkirtseff a produit beaucoup d’ouvrages, dont une partie est exposé au Louvre, et elle est enterrée dans un des cimetières parisiens. A Paris, entre deux guerres, sortait un magazine ukrainien, «Tryzub»… Certes, Moscou impose une concurrence déloyale à l’Ukraine. Le Kremlin sait séduire. Deux institutions culturelles appartenant à l’Etat russe et plusieurs institutions privées russes fonctionnent à Paris. Une grande partie de leur travail est consacré aux tentatives de justifier l’agression russe en Ukraine et l’annexion de la Crimée.

En contrepartie, l’Ukraine ne dispose que d’une structure unique: un Centre Culturel d’Ukraine en France, qui présente la vision ukrainienne aux Français, compte tenu des ressources dont dispose l’Ukraine. Le Centre propose des expositions des objets venus de Maidan, organise des conférences sur des sujets historiques conflictuels, des rencontres avec des écrivains, des projections de documentaires, des ateliers sur la cuisine ukrainienne. Tout cela a gagné en popularité auprès de participants français et ne fonctionne que grâce au bénévolat.

Les murs du Centre Culturel d’Ukraine en France se souviennent de la voix unique et puissante de Wassyl Slipak. Il reste présent à travers de nombreux événements qui prolongent les initiatives lancées par Wassyl. Le destin de cet artiste, qui a conquis les scènes des théâtres européens et qui est mort pour l’Ukraine, des mains des agresseurs russes, symbolise à lui tout seul les défis qui se trouvent sur le chemin de l’Ukraine. Il est important que la voix de l’Ukraine à Paris ne s’éteigne pas.

Par Alla Lazareva

Source: Tyzhden.ua

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