Faktchecking des propos de Sergei Lavrov, le ministre des affaires étrangères russe

Le ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergei Lavrov, a tenu une conférence de presse pour dresser le bilan de son activité en 2018. Les sujets principaux ont été la Syrie, l’Ukraine, l’interventionisme de «certains pays occidentaux, avec les Etats-Unis à leur tête », ainsi que les relations bilatérales de la Russie avec d’autres pays. Le ministre russe a redit plusieurs fois que la Russie «trouve important d’éviter toute ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats souverains». StopFake.org a vérifié les propos de Sergei Lavrov, et nous y avons trouvé de nombreux mensonges.

 

A propos de l’Ukraine

Mensonge: «Un bon candidat à la présidence, c’est quelqu’un qui respecte ses propres obligations, sa constitution et ses lois. Mais depuis le coup d’Etat inconstitutionnel, avec l’arrivé au pouvoir de nationalistes, depuis qu’ils ont commencé à exiger l’extermination ou l’expulsion des Russes de la Crimée, comme le faisait Yarosh, rien n’est bon».

En réalité: Le 22 février 2014, la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, a voté pour (avec 328 voix) la destitution du président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovitch et pour la tenue d’une élection présidentielle anticipée. Auparavant, Viktor Ianoukovitch avant abandonné le pouvoir en quittant le pays. Petro Porochenko est devenu président après avoir été élu lors de cette élection présidentielle. Les partis suivants ont ensuite été élus au Parlement: «Narodniy Front» (64 sièges), «Bloc Petro Poroshenko» (63 sièges), «Samopomich» (32 sièges), «Bloc de l’opposition» (27 sièges), «Parti radical d’Oleh Lyashko» (22 sièges), «Batkivschina» (17 sièges). Le parti «Svoboda», considéré comme un nationaliste et conservateur, n’a reçu que 4,71 % des voix et n’a pas atteint le seuil minimum de 5% nécessaire pour avoir des élus. Seuls quelques représentants de ce parti sont entrés au parlement à la suite d’élections au vote majoritaire.

Serguei Lavrov a mentionné le nom de Dmitry Yarosh, qui à l’époque de l’annexion de la Crimée dirigeait le mouvement «Praviy sector». Cette organisation n’a jamais répresenté la position officielle. Par ailleurs, Yarosh ne s’est jamais exprimé en faveur d’un nettoyage étnique. Au contraire, son mouvement était très ouvert à toutes les origines et les langues.

Mensonge: «Nous avons considéré la position de Petro Poroshenko comme adéquate quand il n’était encore que candidat à la présidence et qu’il s’est présenté comme «le président de la paix». Mais depuis qu’il est devenu le chef de l’Etat ukrainien, il ne fait que des déclarations menaçantes, promettant de libérer les soi-disant «territoires occupés», refuse catégoriquement d’appliquer ce qu’il a signé, soit les accords de Minsk».

En réalité: Petro Poroshenko parle constamment de la paix dans ses discours publics. Par exemple, lors de la rencontre avec les soldats de la 72e brigade mécanisée, il a souhaité «la paix pour nous tous, mais dans le respect des intérêts nationaux de l’Ukraine et pas suite à une capitulation, qui est proposée par certains hommes politiques». Le 18 janvier 2019, Porochenko a déclaré qu’il ferait le nécessaire pour «préserver la paix religieuse et assurer un processus exclusivement pacifique de création d’une nouvelle Eglise autocéphale». StopFake.org réfute périodiquement les fakes sur le non-respect des accords de Minsk par l’Ukraine.

Mensonge: «Ils violent les obligations nationales de l’Ukraine. En décembre dernier, la Verkhovna Rada a rejeté les recommandation de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, sur l’abrogation de l’article 7 de la loi sur l’éducation».

En réalité: La Commission de Venise du Conseil de l’Europe a lancé un appel à la partie ukrainienne pour amender et non pas d’abreger l’article 7 de la loi sur l’éducation. StopFake.org a démenti déjà les fakes au sujet de l’ «article linguistique» de la loi sur l’éducation.

Mensonge: «Comme vous le savez, il y a un peu plus d’un an, en décembre 2017, un accord sur un échange de prisonniers a été conclu. M.Medvedchuk y a participé. Les listes de gens échangées ont été convenues et vérifiées à plusieurs reprises. Tout a été organisé. Mais le jour de l’échange, la partie ukrainienne a déclaré que 23 personnes, qui devaient aller en Russie, ne seraient pas transférées. C’était au point d’échange des détenus. Mais, je ne veux pas discuter au sujet des raisons, car elles sont étrangères à l’affaire. Il a été dit que ces gens ne sont pas liés aux événements du Donbass. Mais le fait est que les listes ont été vérifiés, les noms ont été acceptés, l’Ukraine n’a pas tenu ses promesses encore une fois».

En réalité: A la fin de 2017, un échange de prisonniers entre l’Ukraine et les soi-disants «Républiques populaires» de Donetsk et de Lougansk a eu lieu. L’Ukraine a transféré à «RPD» et «RPL» 233 personnes en échange de 74 personnes. Des dizaines de personnes qui ont été demandées par la «RPD» et la «RPL» ont réfusé de retourner sur le territoire temporairement occupé par les séparatistes et la Russie. Les listes ne contenaient pas de Russes mis en prison pour des atteintes à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ni les Ukrainiens qui se trouvaient dans les prisons russes.

Mensonge: «Nous avons adopté à plusieurs reprises des résolutions à l’ONU sur l’inadmissibilité de la glorification du nazisme. La dernière résolution a été adoptée le mois dernier à une majorité écrasante (seuls les Etats-Unis et l’Ukraine ont voté contre), et cela est révélateur».

En réalité: La résolution sur la lutte contre la glorification du nazisme, soutenue par la Russie, stipule que tous les Etats devraient interdire tout «célébration du régime nazi, de ses alliés et de ses organisations apparentées, de façon formelle ou officieuse». Ce document est considéré comme antidémocratique, les Etats-Unis et l’Ukraine s’y dont opposés, mais aussi 48 pays se sont abstenus de voter pour une telle résolution. Une interdiction de toute discussion active sur ce sujet entraînerait une interdiction des recherches dans ce domaine.

Mensonge: «Cette mission (Mission de l’OSCE en Ukraine – ndlr) a commencé à éprouver des problèmes de sécurité, d’autres incidents relatifs à la sécurité ont eu lieu. En particulier, l’un de ses employés américain, a été tué par une mine. La mission a enquêté sur sa mort, mais dès qu’elle a trouvé que la mine n’était pas installée par les rebelles pro-russes, le sujet a été écarté, mis «dans l’ombre».

En réalité: Le sujet n’est pas «passé dans l’ombre». La mission américaine auprès de l’OSCE a exprimé ses condoléances à la famille et aux amis de Joseph Stone à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. «Joseph est décédé car sa voiture a été touchée par un explosif sur un territoire contrôlé par les forces soutenues par la Russie dans l’est de l’Ukraine» – lit-on dans une publication. L’ambassade américaine en Ukraine, à son tour, un an parès la mort de Joseph Stone, a lancé un appel à la Russie, en l’invitant à instaurer un cessez-le-feu réel à long terme et à retirer leurs armes lourdes, conformément aux engagements pris dans le cadre des accords de Minsk.

Mensonge: «En septembre 2017, suite à notre demande insistante, la Mission a fait, enfin, un exposé indiquant les victimes et les cibles du coté des rebelles et décrivant la situation générale dans les forces armées ukrainiennes. Il est clair que les militaires ukrainiens tirent sur les aglomerations civiles et dans la plupart des cas les rebels ne font que répondre. Le nombre d’attaques contre les habitations civiles, effectuées par les forces armées ukrainiennes, dépassent en plusieures fois les statistiques correspondantes dues aux tires de rebelles. Et c’est pareil pour les victimes parmi les civils».

En réalité: L’exposé, cité par Lavrov, n’indique nulle part que «les militaires ukrainiens tirent sur les civiles et dans la plupart des cas les rebelles ne font que répondre». Il ne contient pas de données à propos du nombre de tirs effectués sur les habitations civiles. La Mission parle de tirs en général et précise que la ligne de démarcation est proche de villages, donc la population souffre en premier lieu».

A propos de la Syrie

Mensonge: «Le terrorisme international est battu en Syrie. Cela a permis de préserver l’état syrien, de commencer la transition vers le redressement économique et le retour des réfugiés».

En fait: La guerre en Syrie se poursuit, ainsi que les attaques terroristes. La guerre dure depuis huit ans, le gouvernement syrien, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, continue d’attaquer les rebelles syriens, qui resistent au dictateur Bachar al-Assad.

Traité sur les forces nucléaires intermédiaires

Mensonge: «L’activité de Washington visant à casser les instruments juridiques internationaux qui assurent la stabilité stratégique, ne provoque pas d’optimisme. Les consultations tenues à Genève entre les représentants de la Fédération de Russie et des Etats-Unis sur les problèmes liés au Traité sur les forces nucléaires intermédiaires en est un exemple fort illustratif».

En réalité: Ce Traité a été signé par Mikhail Gorbatchev et Ronald Reagan, en décembre 1987, à Washington. Les parties ont accepté de détruire tous les complexes de missiles balistiques à portée intermédiaire, soit moins de 5500 km, et de ne pas les produire, les tester ou les déployer à l’avenir. A présent, les Etats-Unis ont rejeté la proposition de la Fédération de Russie de préserver le traité, car Moscou refusait d’autoriser l’inspection de nouveaux systèmes de missiles en violation des engagements pris en 1987.

A propos de la liberté de presse dans la Fédération de Russie

Mensonge: «Je vous assure que nous allons accorder une attention accrue a la question de garantir une activité libre pour les journalistes et lutter pour rendre plus effectif le respect des garanties internationales existantes par tous les Etats».

En réalité: Selon les données de l’organisation internationale «Reporters sans frontières», la Russie se trouve au 148 rang sur 180 pays en termes de liberté de la presse en 2018. Les experts indiquent qu’avec le retour de Vladimir Poutine à la présidence en 2012, la pression sur les médias augmente sans cesse. «La Tchétchénie et la Crimée, annexée en 2014, sont des trous noirs, sans nouvelles et informations», lit-on dans ce rapport.