«La société civile russophone d’Ukraine, qui représente environ 20% de la population, s’inquiète du non-respect des droits de leur communauté minoritaire par le gouvernement de leur pays». C’est de cette manière que Sputnik France tente de sonner l’alarme et présente un évènement organisé par le Conseil de coordination des compatriotes russes, une structure proche de l’Ambassade de Russie en France.

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L’article de Sputnik rend compte d’une conférence qui a eu lieu à Paris le 31 mai dernier. Durant cette conférence, deux Ukrainiens russophones sont venus dénoncer les « violations des droits de l’homme» dont ils s’estiment victime dans leur pays. L’évènement présenté comme une « table ronde» était dirigé par Gueorgui Chepelev, originaire de Moscou, très actif pour promouvoir les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Tout d’abord, les russophones ne sont pas 20% de la population d’Ukraine aujourd’hui. Ce chiffre arrondit généreusement le nombre qui fait référence, et qui vient du dernier recensement de la population en Ukraine, datant de 2001. Ce recensement a conclu que  17% des citoyens du pays disent «utiliser au quotidien la langue russe» en Ukraine. Mais savoir parler russe ne signifie pas «être russe». D’ailleurs, ces russophones parlent aussi l’Ukrainien, dans la grande majorité des cas.

Depuis son independance, l’Ukraine ne mentionne plus les origines étniques de ses citoyens sur son passeport, comme cela se faisait systématiquement au temps de l’URSS. Toute personne qui possède la nationalité ukrainienne est donc un Ukrainien, bien qu’ayant, parfois, une origine ethnique différente.

Or le Kremlin se plait  régulièrement à présenter les russophones comme étant des Russes, alors qu’ils sont bien des Ukrainiens ayant parfois une origine russe. Ou autre. Sputnik joue ainsi sur les différents sens du mot « nationalité » confondant à dessin l’appartenance ethnique et la citoyenneté, pour mieux faire croire que des Russes seraient opprimés en Ukraine, ce qui pourrait justifier un droit de Moscou à intervenir, sous prétexte de protéger ses propres citoyens.

Mais selon un sondage réalisé en mars 2017, et effectué par 4 instituts sociologiques ukrainiens (КМИС, Рейтинг, СОЦИС и Центр им. Разумкова), il n’y a que 6 % de la population ukrainienne qui se reconnait comme porteuse de l’identité russe. Et 92% des habitants du pays se definissent comme Ukrainiens, tandis que 1,5% se disent «d’autre culture et appartenance étnique».

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De plus, il faut souligner que la langue russe n’est pas interdite en Ukraine, et que son usage n’est en rien réprimé, contrairement à la situation de la langue ukrainienne en Russie. L’Ukraine prend des mesures pour renforcer et soutenir le developpement de la langue d’état, l’Ukrainien, sans mettre aucune restriction à l’usage en privé des toutes les langues parlées du pays.

La publication de Sputnik a été reprise en russe par RIA Novosti, Rambler, et «russkiymir».

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Or cet article de Sputnik France n’est rien de plus qu’une manipulation. Il s’agit d’imposer l’idée que l’Ukraine fait toujours partie de l’Empire russe, culturellement et linguistiquement.

Or les participants à cette table ronde à Paris sont loin d’être représentatifs et font tous partie des milieux qui sont sympatisants de Moscou, de près ou de loin.

Un des intervenants principaux, Evguéni Baklanov, est coordinateur du Conseil panukrainien des compatriotes russes. Il est un activiste faisant la promotion du concept pro-Kremlin de «russkiy mir» (Monde russe) en Ukraine (1, 2, 3, 4). Il fait partie du réseau d’un homme politique pro-Poutine en Ukraine, Viktor Medvedchuk, et il est membre de son parti «Le choix ukrainien».

Les propos tenus par cette personne à Paris n’engagent que lui-même et ne lui permettent en aucun cas de réprésenter, comme il le prétend, l’opinion de « 20% de la population » de l’Ukraine.

On retrouve aussi parmis des intervenants Anton Kolessnikov, analyste de la Communauté culturelle nationale russe», et bien sur Gueorgui Chepelev, coordinateur du Conseil français  de coordination des compatriotes russes.

M Chepelev est proche du Parti de Gauche et notamment de Djordje Kuzmanovic avec lequel ils  animent ensemble le collectif « France-Russie-Ukraine: dialogue». Ces « rassemblements pour la paix », où il est toujours question de l’Ukraine mais jamais, de l’agresseur russe,  réunient des militants d’extrême droite et d’extrême gauche. Il avait aussi essayé d’impliquer dans ces activités des associations humanitaires françaises, comme “La Gerbe”.

Parmis les invités ont retrouve une sociologue Vitalina Butkalyuk, qui s’exprime regulierement sur « l’extrème pauvrété » de la population ukrianienne (90%, selon elle, hors le seuil de la pauvrété). Madame Butalyuk est regulierement contesté en Ukraine par les chercheurs et la presse qui rappellent que même les pays les plus pauvres au monde n’ont pas de tels indicateurs.

La table ronde, organisée par la force pro-kremlin à Paris, vise surtout, sensabiliser la publique françaises aux sujets sensibles, liés à l’Ukraine, en perspective de visite de nouveau Président Volodymyr Zelensky à Paris. Encore une fois, un outils propagandiste cherche à discrediter l’Ukraine aux yeux des français, en jouant la carte de droits et des libertés.