Emmanuel Macron n’a pas déclaré que l’arabe deviendrait une langue officielle de la France, et n’a pas appelé à en rendre l’apprentissage obligatoire dans toutes les écoles françaises. Lors de son discours en Égypte, le président français a effectivement déclaré que l’arabe constituait la deuxième réalité linguistique en France, mais cette phrase s’inscrivait dans le contexte de la francophonie, du multilinguisme et de la coopération universitaire entre la France, l’Égypte et les pays d’Afrique.
Sur les chaînes Telegram russes et les sites de propagande, des allégations circulent selon lesquelles le président français Emmanuel Macron aurait déclaré l’arabe « langue officielle de tout le pays ». D’autres publications affirment que Macron aurait déclaré qu’il était nécessaire d’enseigner l’arabe « dans toutes les écoles de France », car « des millions de Français » le parlent. Ces messages sont accompagnés d’un extrait vidéo d’un discours prononcé par Macron en Égypte.

En réalité, ces affirmations sont fausses. Emmanuel Macron n’a pas déclaré l’arabe langue officielle de la France et n’a pas évoqué son apprentissage obligatoire dans toutes les écoles françaises.
Le discours, dont les propagandistes utilisent un extrait, a été prononcé le 9 mai 2026 lors de la visite du président français en Égypte. Selon un communiqué de l’Élysée, Macron s’est rendu à Alexandrie, où il a rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, avant de participer à l’inauguration du nouveau campus de l’université Senghor à Borg el-Arab. C’est précisément à cette cérémonie que son discours était consacré.
L’Université Senghor est une université internationale francophone, rattachée à l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est pourquoi le thème principal de l’intervention de Macron ne portait pas sur la politique linguistique intérieure de la France, mais sur le rôle de la langue française, de la francophonie, de la coopération universitaire et du multilinguisme. Au début de son discours, il a notamment évoqué l’importance de l’université elle-même, son histoire, son nouveau campus en Égypte et la formation de personnel destiné aux organisations internationales, à l’Union africaine, à l’ONU, aux universités, aux hôpitaux et au monde des affaires.
Dans le compte-rendu officiel de l’Élysée, Macron évoque la francophonie comme un projet qui, depuis longtemps déjà, ne se limite plus à la seule France. Il souligne que la langue française appartient à l’ensemble du monde francophone et que son « épicentre » ne se trouve plus aujourd’hui sur les rives de la Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo, où vit une importante population francophone.
C’est précisément dans ce contexte – en parlant du multilinguisme et des influences culturelles réciproques – que Macron a prononcé cette phrase sur la langue arabe. Dans la transcription, ses propos sont rapportés ainsi : « Je souhaite que le français reste la langue préférée des Égyptiens… L’arabe est la deuxième langue parlée en France. C’est une réalité qu’il faut souvent rappeler. »
Ainsi, Macron a évoqué la réciprocité des liens linguistiques et culturels : la langue française est importante pour l’Égypte et l’espace francophone, tandis que la langue arabe fait partie intégrante de la réalité linguistique de la France. Il ne s’agissait ni d’une déclaration visant à accorder un statut officiel à la langue arabe, ni d’une annonce concernant une réforme scolaire.
De plus, le statut officiel de la langue en France est clairement inscrit dans la Constitution. L’article 2 de la Constitution de la République française stipule : « La langue de la République est le français ». Aucune déclaration ni décision visant à modifier cette disposition n’a été formulée à la suite du discours de Macron en Égypte.
Les médias de propagande ont utilisé un extrait authentique du discours de Macron, mais en ont déformé le sens, transformant une discussion sur la francophonie, du multilinguisme et de la coopération universitaire entre la France et l’Égypte en un discours anti-immigrés sur la « perte de l’identité nationale par la France ». L’objectif de ces publications est de présenter la France comme un État faible qui ne contrôlerait soi-disant plus ni l’immigration, ni la politique culturelle, ni la situation intérieure.
StopFake avait déjà relevé une technique similaire dans une fausse information affirmant que « les médias internationaux avaient fait état de crimes de masse commis par des réfugiés ukrainiens en France ». Dans les deux cas, la propagande exploite des sujets sensibles (migration, sécurité, l’intégration et l’identité culturelle) pour attiser la méfiance envers les migrants, les musulmans et les réfugiés ukrainiens, ainsi que pour promouvoir l’idée d’une « crise » des États européens.



